Petite histoire du vert

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Tout ce que vous ne vous êtes jamais demandé sur le vert..!

Place aujourd’hui à la couleur la plus associée à une symbolique presque universelle par les temps qui courent : le vert, couleur devenue politique car immédiatement associée à la nature et à l’écologie !

Petite histoire du vert

Dans l’Antiquité, à la différence d’autres couleurs comme le bleu qui sont rares dans la nature, le vert est lui surtout difficile à produire : les pigments verts naturels (comme la malachite, pierre réduite en poudre utilisée en Égypte) sont instables chimiquement, ou toxiques. La nature a beau être parée de vert partout, il n’est pas si simple d’en faire une teinture qui tienne dans le temps sur les tissus et les objets.

Ce n’est qu’à la Renaissance que des pigments plus fiables permettent de rendre son usage plus courant, dans les vêtements par exemple. On redécouvre ainsi le vert grâce au vert-de-gris (à base de cuivre) et à la terre verte (mélange de minéraux). Cependant, ils peuvent provoquer la corrosion ou l’oxydation. Ce n’est donc pas encore tout à fait ça 😅

Les siècles suivants (jusqu’au XIXe), on découvre et utilise un vert émeraude conçu à base d’arsenic, qui devient très populaire mais qui est aussi très, très toxique. Des femmes sont empoisonnées par leurs robes, des enfants meurent intoxiqués dans leur chambre tapissée en vert. Pourtant, on continuera de l’utiliser !

Le XXe siècle marque un tournant avec l’apparition de pigments non toxiques et synthétiques. Vive la chimie 😄

C’est à partir de là que cette couleur a pris de l’ampleur, notamment à partir des années 70 où elle devient politique avec les mouvements écologistes et pacifistes, car il y est synonyme de nature, renouveau, conscience environnementale.

Depuis, le mot vert en lui-même est devenu un mot politique. On parle d’énergie verte, de technologie verte, parfois même de finance verte… Et en anglais, quand on abuse de cela… on appelle ça du « greenwashing » c’est à dire du « verdissage » ! Aucune autre couleur ne s’est vue hissée ainsi au rang de terme politique.

Le vert du point de vue physique

Situé au centre du spectre visible, le vert est perçu par l’œil humain comme étant la plus équilibrée de toutes. C’est la couleur à laquelle nous sommes le plus sensibles. C’est pourquoi elle fait la paire avec le rouge pour indiquer les informations importantes : le rouge quand il y a un danger ou une erreur, le vert en cas de validation, car elle est moins agressive et apporte une forme de confort visuel.

L’impact du vert sur notre psychologie

Le vert évoque l’harmonie, la sérénité, la croissance… mais aussi la sécurité (ce fameux symbole de validation qu’on retrouve dans les feux de signalisation qui nous autorisent à passer).

Cette couleur nous apaise, favorise la détente et la concentration. C’est sans doute pour cela qu’on le retrouve beaucoup dans les institutions de santé. Cette couleur nous fait du bien. D’ailleurs, j’avais lu une fois je ne sais plus où que le simple fait de regarder de la verdure par la fenêtre, juste quelques minutes pendant qu’on travaille (ou pendant un examen par exemple), était très bon pour le cerveau et pouvait améliorer nos performances ensuite. C’est fou non ?

Petite anecdote : il paraît que les Grecs et les Romains ne faisaient pas une franche différence entre le vert et le bleu (mais, aujourd’hui encore, nous ne sommes pas tous d’accord pour nommer certaines nuances qui semblent mélanger les deux couleurs !).

Une palette de significations

Ambivalent, le vert au cours de son histoire a incarné énormément de notions différentes, positives comme négatives. Symbole de vie, de chance (trèfle à 4 feuilles) ou encore d’espérance, on l’a aussi associé au poison (vu la toxicité des pigments, ce n’est pas surprenant), au malheur (Molière serait mort sur scène vêtu de vert), ou au diable.

Au Moyen-Âge déjà, les symboliques du vert sont très partagées. C’est la couleur des sorcières, des « marginaux », également associées à la trahison, à
l’instabilité. Mais d’un autre côté, c’est aussi la couleur de la jeunesse, de l’amour « courtois », du printemps et de la fertilité.

Le fait qu’il soit instable chimiquement parlant a induit qu’on voie dans le vert l’incarnation de tout ce qui change (l’enfance, le jeu, le hasard, l’argent, l’amour…). C’est finalement assez tardivement qu’il a revêtu ses habits de nature, couleur de la santé (le serpent vert des pharmaciens), de l’hygiène puis de l’écologie.

Comme toutes les couleurs, cela dépend bien-sûr des cultures. En Chine par exemple, le vert est symbole de croissance et de vitalité (mais gare à vous si vous portez un chapeau vert, la légende prétend que c’est le chapeau des cocus !). Dans l’Islam, le vert est une couleur sacrée, associée au paradis et au prophète et donc à la sagesse. En Égypte ancienne, c’était la couleur de la régénération et de la fertilité.

Le vert dans le design

Dans le design, le vert est la couleur officielle du bio, et très courante auprès des marques éthiques, écologiques, etc. C’est même comme ça que l’on cherche les produits bio dans les rayons : en traquant le vert sur l’emballage ! D’ailleurs certaines marques non bio utilisent stratégiquement le vert sur leurs packagings pour faire croire aux consommateurs que leurs produits sont bio, ou tout du moins dégager l’idée qu’ils sont plus sains. Moi qui consomme bio au quotidien, j’ai déjà failli me faire avoir 😅

Mais on retrouve aussi bien-sûr cette couleur ailleurs. Selon la teinte, elle peut être très polyvalente : les verts foncés pour des sujets sérieux, institutionnels et fiables, comme la finance ou les labels, les verts plus clairs ou moyens plutôt pour la santé, la fraîcheur et la modernité, et enfin les verts vifs voire fluo pour le monde de l’innovation et de la tech’… cependant ils fatiguent l’œil plus vite surtout à l’écran (un peu comme toutes les teintes fluo j’ai envie de dire, ça pète les yeux !). Il faut le doser subtilement.

En bref

Pour résumer, le vert divise ! Il y a à peu près autant de gens qui adorent cette couleur que de gens qui la détestent, contrairement au bleu qui met presque tout le monde d’accord. Pourtant, je pense que c’est la couleur qui nous accompagne le plus au quotidien depuis la nuit des temps (bon, de moins en moins quand on habite en ville et qu’on travaille enfermé dans un bureau sans doute). C’est aussi la couleur la plus politisée, à l’heure du combat contre le réchauffement climatique, malgré ses nombreuses autres significations qui passent maintenant clairement au second plan !